John McCain, sénateur de l'Arizona et candidat républicain à la présidence des États-Unis d'Amérique en novembre 2008, siège également à la commission des forces armées du Sénat, qui doit délibérer du nouveau traité Start négocié avec la Russie. Dans un entretien accordé avec le journal français Le Figaro, il nous livre son avis sur la question russe.

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LE FIGARO. - Le verdict dans le procès de Mikhaïl Khodorkovski est reporté au 27 décembre. Quel signal cette sentence enverra-t-elle au sujet de la Russie ?

John McCAIN. - Ce verdict sera un test clé, qui révélera s'il y a ou non un semblant d'État de droit en Russie. Khodorkovski a pu être impliqué dans des problèmes d'ordre économique, mais le garder en prison pour une décennie, c'est le résultat d'une vendetta personnelle de Vladimir Poutine.

Le voyez-vous comme un prisonnier politique ?

Je le vois plutôt comme le prisonnier d'une mafia…

Vous avez déploré récemment que le Congrès entame l'examen du nouveau traité de désarmement Start au moment où doit tomber le verdict pour Khodorkovski. Que devrait faire le Congrès s'il est condamné à plusieurs années supplémentaires d'emprisonnement ?

Premièrement, nous savons que ce juge est contrôlé par Poutine. Deuxièmement, si la décision de le condamner à nouveau est rendue au moment précis où le Congrès examine le traité Start, cela exprimera toute l'arrogance et le mépris de la Russie pour l'opinion publique internationale - et américaine. Vous savez que l'Administration Obama insiste pour la ratification de ce traité en partant de l'hypothèse déraisonnable selon laquelle Start est d'une importance vitale pour le redémarrage de la relation russo-américaine. Mais si le juge condamne Khodorkovski à passer des années supplémentaires en prison, cela sapera l'assertion de l'Administration selon laquelle Start améliorera le comportement de la Russie.

Mais allez-vous tout de même soutenir ce processus de ratification de Start dans les jours qui viennent ?

Nous avons encore des problèmes avec la question de la défense antimissile et de la modernisation de nos forces nucléaires. Mais il est clair que, quoi qu'il arrive, l'Administration restera très engagée pour la ratification du traité. Ce qui ne laisse pas d'être un paradoxe.

Devrait-il y avoir une forme de conditionnalité entre le comportement de la Russie en matière de droits de l'homme et des dossiers comme Start ?

Cela ne va pas se produire. Mais j'essaie de faire lier le débat sur la nature du régime russe à la question de l'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce. C'est le bon endroit pour commencer une vraie discussion sur la Russie et la politique que nous devons mener à son égard. Mon avis personnel est qu'avec un tel comportement, la Russie affaiblit le principe même de sa candidature à l'OMC.

Vous demandez que les États-Unis fassent preuve de plus de réalisme vis-à-vis de la Russie. Que voulez-vous dire ?

Nous n'avons pas affaire à une puissance mondiale. Nous avons affaire à une nation qui, quelles que soient ses intentions affichées, reste un État de non-droit. Comme cela a été révélé dans l'un des câbles de WikiLeaks, un groupe d'individus au comportement mafieux gouverne le pays, avec Poutine à leur tête. Concernant le comportement de la Russie, je voudrais pointer l'importance cruciale du dossier géorgien. De ce point de vue, je suis très déçu que le président Sarkozy ne souligne pas de manière plus insistante que les Russes sont en violation perpétuelle du cessez-le-feu qu'il a personnellement négocié. La Russie continue d'occuper 20 % du territoire de la Géorgie en toute impunité. Cela devrait préoccuper le président français plus que n'importe qui d'autre.

Source : le Figaro.fr