Avec la large victoire de Ronald Reagan lors des élections Présidentielles de 1980, la gauche Américaine s’est retrouvée dans l’obligation de réfléchir à son orientation. La présidence de Jimmy Carter avait – à l’époque – marqué l’apogée de la gauche dure aux Etats-Unis. Sa lourde défaite a créé le besoin d’une réforme interne au sein du Parti Démocrate. Petit à petit, les candidats modérés sont revenus sur le devant de la scène. En 1988, le Parti Démocrate ayant une fois encore perdu l’élection Présidentielle face au Vice-Président George H W Bush, les modérés, qui arrivaient à dominer petit à petit le parti, s’organisèrent une première fois avec la fondation de la coalition des « New Democrats », des démocrates s’affirmant centristes.

 

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Le Président Bill Clinton
1993 - 2001

Cette coalition travailla à assurer la conservation du recentrage de la gauche au moins vers le centre-gauche. Leur victoire la plus solide, qui démontra la main-mise des modérés sur le parti, fut la désignation de Bill Clinton comme candidat à l’élection Présidentielle en 1992. Bill Clinton était un modéré qui n’effrayait pas réellement l’électorat de droite, lui-même membre des « New Democrats ».

NB : c’est cette émergence du mouvement centriste au sein de la gauche qui permit à Bill Clinton d’être élu président en 1992. Devant l’absence de peur réelle de voir la gauche arriver au pouvoir du au caractère modéré de leur candidat, la droite s’est divisée entre Ross Perot, un candidat indépendant proches des idées des TEA Party actuels, et le Président George H W Bush, accusé par la droite d’avoir appliqué une politique de gauche en économie. Entre ces deux candidats, la droite a récupéré 57% des voix. Mais, divisée entre ces deux hommes (37,5% pour le Président Bush et 19% pour Ross Perot), la droite perdit cette élection au profit de Bill Clinton.

Ce mouvement s’est renforcé dans les années suivantes. 1994, à la suite de la large défaite des démocrates aux élections pour le Parlement Américain (le Congrès), la constatation était claire : les élus ayant subi les plus sévères défaites étaient les élus les plus à gauche. Les modérés avaient, eux, bien résisté.

S’en est suivi la fondation d’un second mouvement centriste, en parallèle des « News Democrats » : les « Blue Dog Democrats », une coalition de l’ensemble des élus se considérant comme conservateurs, issus de la gauche modérée . Cette coalition a tenu à gauche, permettant nombre d’accords bipartisans au cours des années qui ont suivi. Le nombre de lois passées sous les Présidents Clinton et Bush ayant un accord des deux partis fut important, grâce au poids de cette gauche modérée souhaitant travailler avec le centre-droit.

Cependant, le milieu des années 2000 commença à créer un mouvement inverse. Avec l’espoir de récupérer le pouvoir en 2004, le « cœur » de la gauche a commencé à se déporter toujours plus à gauche. La nomination du Sénateur John Kerry en 2004 en fut le premier signal fort. Sa défaite face au Président Bush n’a pas réellement mit de coup d’arrêt à cette évolution. La gauche dure était désormais de retour et à nouveau influente au sein du Parti Démocrate, en local tout au moins.

La victoire des Démocrates en 2006 a donné enfin à cette gauche dure la victoire qu’elle attendait tant. Les modérés étaient toujours présents, s’étant renforcés avec la vague de cette année-là. Mais, désormais, la gauche dure était présente en force au Congrès Américain et issus de nombreux Etats pour la première fois depuis longtemps, avec la capacité de faire passer leurs propres projets de loi. En 2006, le plus flagrant exemple de la radicalisation du Parti Démocrate apparu lors de la primaire du Connecticut pour le siège de Sénateur de Joe Lieberman. Proche des « Blue dogs » (mais pas officiellement membre car les « Blue dogs » représentent une coalition présente uniquement à la Chambre des Représentants, pas au Sénat), il était considéré comme trop modéré, trop au centre pour représenter correctement le Parti Démocrate. Un candidat plus radical s’est présenté contre lui et l’a battu au cours de la primaire ! Cependant, Joe Lieberman s’est tout de même présenté comme indépendant, parvenant ainsi à battre son adversaire Républicain et son adversaire Démocrate, prouvant que bien que la gauche se radicalisait, ce n’était pas le cas des électeurs.

NB : devant la montée en force de la gauche dure, Joe Lieberman, qui devait être candidat à sa propre succession en 2012, a abandonné l'idée de se représenter comme Démocrate ou comme indépendant. En 2008, Joe Lieberman a officiellement soutenu John McCain, considérant que le Parti Démocrate s'était déporté trop à gauche.

 

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Le Sénateur Joe Lieberman
1989 - 2013 

2008 fut en quelques sortes l’affrontement entre ces deux courants, avec la Sénatrice Hillary Clinton comme candidat du centre-gauche et du centre conservateur face à la gauche dure menée par le Sénateur Barack Obama. Après une des primaires les plus longues de l’histoire politique Américaine, Barack Obama a fini par l’emporter de justesse (avec une majorité de délégués mais ayant reçu 300.000 voix de moins que Hillary Clinton).

 

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Hillary Clinton
Candidate de la gauche modérée défaite lors de la primaire de 2008 

Au cours de cette année électorale, les soutiens du futur Président Obama ont commencé à « faire le ménage » au sein du Parti Démocrate. Les militants et l’argent ont principalement été investis vers les candidats les plus radicaux. Mais la nouvelle vague Démocrate a permis de garantir la réélection de nombre de modérés.

2010 fut enfin une occasion importante pour le Président et ses collaborateurs. Non seulement une vague de primaires très à gauche a permis de chasser nombre de prétendants modérés qui se voulaient candidats pour le Congrès en tant que « Blue dogs » ou « New Democrats », mais surtout, bien moins de moyens leurs ont été alloués au cours de la campagne de 2010, les mettant à la merci de leurs adversaires Républicains.

Pour 2012, ce phénomène semble devoir encore se répéter. Le 24 avril, au cours des primaires Démocrates pour la Maison des Représentants, encore deux membres des « Blue dogs » ont perdu face à des candidats de la gauche dure. Il reste aujourd’hui 26 membres de la coalition des « Blue dogs » (contre 54 suite aux élections de 2008). Seuls 22 d’entre eux devraient être en mesure de se présenter pour l’élection générale (mais les primaires du Parti Démocrate ne sont pas terminées).

Plus les années passent, plus les modérés et les centristes Démocrates voient une véritable campagne d’extermination être menée au sein de leur propre parti. Si les élections de 2012 se passent comme en 2006, 2008 et 2010, alors il se pourrait que la gauche modérée et le centre-gauche aient définitivement disparu du paysage politique Américain, laissant la gauche dure plus que jamais dominante au sein du Parti Démocrate.

En 2012, le Parti Démocrate ressemble désormais bien plus à celui de la fin des années 1970 qu'à celui des années 1995 - 2005.

Pierre Toullec


Pour en savoir plus sur ce sujet :

Where are the Moderate Democrats ? 

Moderate Democrats a vanishing breed