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Ron Paul

Qui est Ron Paul ? 

Représentant (équivalent de nos députés) pour l'Etat du Texas depuis 1976, il fut candidat indépendant à la Présidentielle Américaine en 1988. Il fut ensuite candidat pour la nomination Républicaine à la Présidentielle en 2008, au cours de laquelle il arriva 4ème, derrière (dans l'ordre) John McCain, Mitt Romney et Mike Huckabee.

C'est une question que je me pose depuis plusieurs semaines. Ce week end (hier, aujourd'hui et demain) se tient le rendez-vous annuel des conservateurs Américains (CPAC : Conservative Political Action Conference). Cette conférence annuelle regroupe autour une dizaine de milliers de militants Conservateurs à Washington DC.

En 2010 à CPAC, un évènement très important s'est déroulé. Chaque année à CPAC, les Conservateurs réunis tiennent un "élection" pour désigner leur candidat favori pour la Présidentielle suivante.

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Mitt Romney à CPAC 2009


De 2006 à 2009, Mitt Romney l'avait emporté sans difficulté. En 2006, cette première victoire lui avait été très importante, car elle lui a permis de se constituer une base militante en dehors de son Etat du Massachussetts, et a tourné vers lui les objectifs des caméras. En 2007, sa victoire à CPAC lui a permis de lancer sa campagne. Alors qu'il était relativement inconnu en 2006, Mitt Romney est rapidement devenu une star des Conservateurs. Il abandonna sa course à l'investiture Républicaine à CPAC 2008, dans une salle qui lui était quasiment entièrement acquise. Il finit second derrière John McCain dans cette élection après être parti avec des intentions de vote sous la barre des 5% en 2006. Enfin, il emporta aussi sans problème le vote en 2009.

Puis arriva 2010. Surprise pour tout l'establishment politique Américain, Ron Paul a emporté le vote de CPAC avec 31% des voix exprimées, contre seulement 22% pour Mitt Romney (dans l'ordre, la troisième candidate fut Sarah Palin avec seulement 7% des voix). 

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Ron Paul à CPAC 2008

 

Les réactions furent de deux sortes :

- Ceux qui décidèrent de considérer que ce vote n'avait aucune importance (les mauvais perdants qui soutenaient un autre candidat et les persuadés que Ron Paul n'a aucune chance de l'emporter)

- Les rares qui prirent ce vote avec attention (les partisans de Ron Paul bien entendu, les organisateurs de CPAC, et ceux inquiets de la montée de Ron Paul).

Ce début d'année 2010 s'annonçait donc très fort pour les partisans de "Campaign for Liberty", l'association du Dr Ron Paul. Mais les choses n'allaient pas s'arrêter là.

La montée du mouvement des TEA parties avait effectivement largement contribué à cette victoire de CPAC 2010. En effet, ces mouvements solidement libertariens ont remis à l'ordre du jour les principes de diminutions radicales des dépenses publiques, la diminution massive du pouvoir Fédéral au profit des Etats (States' rights) et la dissolution de la FED, cet organisme interdit à l'origine par la Constitution Américaine à la demande de Thomas Jefferson et James Madison. 

Et malgré toutes les tentatives de Sarah Palin pour récupérer les TEA parties à son profit, Ron Paul reste très populaire au sein de ce mouvement, et surtout il reste en accord avec les idées défendues par les TEA Parties, ce qui n'est pas toujours le cas de Sarah Palin. 

La vague de 2010

A la suite de CPAC arrivèrent les primaires Républicaines. On l'oublie déjà, mais avant que le Parti Républicain ne se range derrière les candidats devenus les plus populaires, les Libertariens désignés dans ces primaires n'avaient que peu de soutiens. Je pense à ce sujet à trois candidats en particulier, bien plus proches de Ron Paul que d'autres candidats : Marco Rubio (Floride), Pat Toomey (Pennsylvanie) et ... Rand Paul, le fils de Ron Paul (Kentucky). Tous les trois se sont imposés contre la préférence originelle de nombreux Républicains. 

Puis arriva le verdict. 

L'élection de novembre classa les candidats des TEA parties en deux camps :

1) Les perdants, soutenus par Sarah Palin, se sont tous retrouvés loin derrière leurs adversaires démocrates (Notamment au Nevada, Delaware et Californie)

2) Les élus, proches des idées de Ron Paul, propulsés sur le devant de la scène dans les mois précédents et élus au Sénat Fédéral pour le Kentucky, la Floride et la Pennsylvanie. 

Si 2010 fut une victoire Républicaine, elle fut aussi et surtout une victoire des Libertariens et des idées de Ron Paul. Jamais ce dernier n'avait été aussi puissant, avec autant d'amis élus, ayant emporté des primaires difficiles face aux candidats "habituels" du Parti Républicain. 

2011, un départ solide pour Ron Paul

Arrive donc 2011, et les bonnes nouvelles pour le Texan. Tout d'abord, les sujets les plus importants aux yeux des électeurs Américains sont l'économie, et la trop grande présence de l'Etat fédéral. L'international revient sur le devant de la scène (notamment avec l'Egypte et la Tunisie), mais reste un sujet secondaire pour les électeurs (du moins pour le moment). 

Ensuite, Ron Paul s'est fait élire à la tête d'une commission d'audit de la FED pour les deux années à venir (2011 - 2012), avec l'objectif avoué de la dissoudre ! 

 

La première séance de cette commission présidée par Ron Paul s'est tenue le 9 février 2011,
intégralement visible dans cette vidéo

 

Enfin, j'en parlai au début, CPAC 2011 a débuté. Le soutien pour Ron Paul est d'ores et déjà très fort. Il fut au centre de diverses discussions (notamment lorsque Donald Trump, qui pense à se présenter à la primaire Républicaine, a affirmé que Ron Paul n'avait aucune chance de gagner une élection. La salle s'est révoltée en soutien au Dr Paul.)

Il est donc tout à fait possible que Ron Paul emporte à nouveau le vote CPAC cette année. En théorie il est, avec Mitt Romney, l'un des deux favoris. 

S'il décidait de se présenter, Ron Paul serait aussi en bien meilleure posture qu'en 2008. En plus de tous les évènements favorables énumérés au-dessus et de sa capacité à récupérer d'importants soutiens qu'il n'avait aucune chance d'avoir il y a trois ans, le Texan est aussi bien plus haut dans les sondages qu'à la même période pour la Présidentielle 2008. 

Dans toutes les intentions de vote, il se retrouve entre 6 et 10% d'intentions de vote à la primaire. En 2008, il dépassait rarement les 5%. S'il est aussi populaire que cela, il se retrouve donc dans la même position que Mitt Romney au début de la dernière campagne.

Une différence vient de l'attente d'un "nouveau" candidat qui sorte des sentiers classiques du Parti Républicain. Notamment, nombres d'analystes parient sur le fait que aucun des favoris ne l'emportera, et que cette primaire sera gagnée par un "petit" candidat. Que cette analyse soit juste ou non n'est pas très important. En revanche, le fait qu'elle soit là change beaucoup la donne. Avec ce type de message, les électeurs auront plus de facilité à tourner leur regard vers un candidat qui semble moins populaire. D'autant plus que les trois favoris à ce jour sont Mitt Romney, Sarah Palin et Mike Huckabee (avec chacun autour de 20% d'intentions de vote) et que ces trois candidats se retrouvent avec le même problème : ils sont tous trois considérés comme n'ayant pas la capacité d'unifier le Parti Républicain comme l'ont fait Ronald Reagan en 1980 et George W Bush en 2000. Rappelons aussi que début 2007, Rudy Giuliani recevait autour de 40% d'intentions de vote, et que les candidats qui se retrouvaient en-dessous de 10% (John McCain, Mitt Romney et Mike Huckabee) furent les candidats qui réalisèrent les meilleurs résultats lors de la primaire. 

Autrement dit, au vu de tous ces éléments, il me semble que Ron Paul pourrait réellement avoir une chance d'emporter la primaire de 2012, alors qu'il n'en avait aucune en 2008. Les sujets traités et populaires au sein du Parti Républicain sont les siens. Il possède des alliés et est plus puissant que jamais à Washington. Il ne fait pas partie de l'establishment Républicain (ce qui s'est avéré une force dans les primaires de 2010 pour de nombreux candidats) et a la capacité d'unifier les TEA Parties en donnant à ces derniers une réelle alternative à Sarah Palin (qu'ils soutiennent plus souvent par défaut que par adhésion). 

Alors, 2012, l'année de Ron Paul ? Au risque de choquer, je n'en serai pas surpris.

Pierre Toullec