La marché a toujours raison !

« Le capitalisme financier discrédité ». « Des spéculateurs sans éthique ni règles ». Ou, pour citer Nicolas Sarkozy, accentuant les nuances socialistes de son discours : « Le marché qui a toujours raison, c’est fini ». Je pourrais allonger la liste des citations… Ce qui est exact, c’est qu’il y a une crise du système financier. Ce qui est faux, c’est que cette crise vienne de la spéculation, d’un marché non régulé ou d’une absence d’éthique dans la finance.

Où se trouvent les racines du problème ? Dans une bulle immobilière américaine gonflée par une accumulation de prêts accordés à des gens dont la solvabilité n’était pas assurée. Pourquoi ces prêts ont-ils été accordés ? Parce que des directives gouvernementales qui remontent aux années Carter (le Community Reinvestment Act de 1977), qui ont trouvé leur prolongement sous Bill Clinton, et que nul n’a osé remettre en cause ensuite, ont, fortement, « incité » à ce que les prêts soient accordés. Et parce que les prêts étaient garantis par deux gigantesques organismes para-étatiques, Fannie Mae et Freddie Mac : ces deux organismes étant eux-mêmes supervisés par une institution gouvernementale, l’Office of Federal Housing Enterprise Oversight.

En somme, le gouvernement américain, sous des présidents démocrates, a mené une politique « sociale » contraignant les banques à accorder des prêts à des gens à faibles revenus, et ces prêts étaient garantis par des organismes très proches de l’État et surveillés par l’État. Si c’est cela le libre marché dérégulé, c’est que je ne connais plus le sens des mots.

Et si la solution à une situation créée par une politique « sociale » coercitive menée en dehors des règles de l’économie de marché devait consister à créer davantage de politiques coercitives et de violations des règles du marché, cela équivaudrait à penser que rajouter une dose de poison est la meilleure façon de se débarrasser du poison. C’est parce que les règles du marché ont été violées par des incitations pernicieuses qu’une très forte correction s’opère. Quiconque songerait à créer d’autres incitations pernicieuses prendrait le risque criminel de voir survenir demain d’autres corrections plus lourdes encore.

Les produits financiers sont, par ailleurs, des instruments de gestion des risques : si les informations données à la finance au départ sont fausses, des effets délétères peuvent se disséminer. Mais la faute n’en revient pas à la finance et à ses gérants, qui font leur métier, mais aux agents de l’État qui ont donné les informations fausses. Les spéculateurs, quant à eux, jouent leur rôle, utile, voire indispensable, en travaillant sur des anticipations : si les anticipations doivent se baser sur des données et des prix pervertis, la faute revient aux agents de l’État qui ont perverti les données et les prix, et ce sont eux qui ont manqué d’éthique en pratiquant cette perversion sans se soucier des effets.



Parler d’un cataclysme absolu est, par ailleurs, très excessif : un peu plus de 6 % des emprunteurs américains n’ont pas pu faire face à leurs échéances, pas davantage
. À ce jour, même si Lehman Brothers récemment, et Bears Stearns auparavant, ont fait faillite, le nombre de banques qui ont dû déposer leur bilan pour les années 2007 et 2008 n’est pas supérieur à ce qu’il était pour les années 1999 et 2000. Si la croissance est en panne en France, elle se poursuit pour le moment aux États-Unis. Le projet Paulson qui, au moment où cet article paraîtra, aura été adopté sous une forme ou sous une autre, vise à restaurer la confiance et, pour ce faire, à retirer du marché les éléments douteux, avant de les revendre quand le système des prix pourra de nouveau jouer son rôle : 700 milliards de dollars ne seront pas dépensés, mais utilisés pour acheter ces éléments, avant revente.

Le jeu de la gauche américaine, de la gauche socialiste ou sarkozyenne française consistera à continuer de diaboliser la finance et à exonérer l’interventionnisme de façon à espérer faire encore plus d’interventionnisme.

Si la diabolisation fonctionne, on peut s’attendre à ce que la crise dure. Si la raison l’emporte, si on tire la leçon des erreurs commises, on reviendra, vite, après correction, aux règles du marché. De toute façon, dans le moyen terme, le marché l’emporte toujours, et l’interventionnisme ne laisse derrière lui que des décombres…

Par Guy Millière

Source : Une vision néoconservatrice