L'opinion est-elle aussi volatile qu'on le croit ? C'est que l'on pourrait penser à la vision des dernières évolutions des primaires.

Hier, à la publication de notre Newsletter, nous vous parlions de l'intouchable Hillary Clinton, et du solide Giuliani. Nous vous parlions de la chute de Romney et de l'escalade partielle de Mike Huckabee.


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Malgré des mois d'une campagne difficile pour Mitt Romney, il continue à tenir bon. Cependant, le premier coup réellement dur vient d'arriver. Il ne mène plus en Iowa.

Ce soir, les sondages d'aujourd'hui et les premiers qui paraitront dans la presse demain sont sortis. Selon l'American Research Group, Mitt Romney mène désomais dans le Nevada et remonte dans le sondage Ipsos du 7 décembre.

La montée rapide mais encore non décisive du "petit candidat" Mike Huckabee l'amène aujourd'hui à plus de 16% d'intentions de vote et il mène désormais en Caroline du Sud et de plus de 20 % en Iowa.


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Après une campagne sans faute ou presque, Rudy Giuliani se retrouve plus que jamais menacé. C'est dans ces moments là que les commentaires des hommes politiques passent de "je suis premier dans les sondages" à "ce ne sont que des sondages".

Rudy Giuliani lui s'effondre comme jamais. Bien qu'il reste le favori dans la plus grande partie des Etats-Unis, il arrive sur la moyenne Real Clear Politics de ce soir à 23,6%. Il descend donc pour la première fois en dessous de 25 % d'intentions de vote. Le plus inquiétant avec la chute de ce candidat est que bon nombre des Néo-conservateurs avaient pris depuis longtemps les paris sur lui. Une défaite désormais tout à fait possible de l'ancien Maire de New York serait dangereuse pour ce mouvement. Très dangereuse. Et quand l'on compare la carte ci-dessous à la liste des premiers Etats à voter pour les primaires (cf notre site officiel) on se rend compte que Rudy Giuliani ne mène que dans deux des huit premiers Etats à voter. Alors qu'imaginer si sa chute était partie pour durer ? A seulement sept points d'avance sur le désormais second, sa position est délicate. Ses deux principaux concurrents Mike Huckabee et Mitt Romney mènent dans ces premiers Etats. Le risque de voir chuter Rudy Giuliani bien avant la fin du mois de janvier est désormais très réel.

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A gauche, la campagne reste la même depuis des mois, peu de suspense malgré l'acharnement des médias à vouloir mettre du piment avec un potentiel rush "Obama"

Du côté Démocrate, l'évolution existe aussi dans les premiers Etats, bien que loin d'être aussi poussée. Désormais leader en Iowa et en Caroline du sud, Barack Obama semble être le seul à pouvoir "menacer" Hillary Clinton. Cependant, la candidate n'a pas les difficultés que rencontre Giuliani pour fédérer la gauche. De plus, dans les sondages nationaux, aucun des deux ne progresse ni ne recule. Autrement dit, cette évolution du Sénateur de l'Illinois n'est que locale pour des raisons locales. Il ne fait campagne que dans ces premiers Etats. Certes, cette stratégie a réussi dans le passé, et cela semble pouvoir réussir à certains candidats du Parti Républicain. Cependant, son retard est réellement important. De plus, la tendance des candidats de droite à tirer à boulets rouges sur Hillary Clinton fait d'elle la réelle "ennemie" de la droite. Et cela ne fait que l'aider à gagner cette primaire en fédérant la gauche autour d'elle.

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Alors que tirer de ces évolutions rapides ? Faut-il arrêter de lire les sondages ? Sont-ils réellement représentatifs avec une telle rapidité d'évolution ? Ou la population Américaine est-elle réellement volatile dans ses opinions ? L'explication doit être cherchée ailleurs. Aujourd'hui à onze mois de l'élection présidentielle et moins de trente jours du début des primaires, les Américains commencent à s'intéresser de prèt aux candidats. De plus, si l'évolution est plus nette à droite qu'à gauche, c'est probablement pour cause d'engagement massif des Américains de droite lors de ces dernières semaines. La vision de la posibilité de plus en plus réelle de voir Hillary Clinton candidate du Parti Démocrate, et donc potentielle gagnante, les motive à s'engager dans cette campagne.

En effet, la droite cherche aujourd'hui son champion qui pourra à la fois vaincre l'ex-première Dame, et assurer la défense de leurs valeurs. La grande maîtrise et la remontée lente mais certaine de Mike Huckabee le place aujourd'hui comme un candidat capable de partir de rien, et de vaincre tout de même. Il est celui qui est considéré comme ayant gagné la plupart des débats. De plus, il est celui qui s'est assuré les meilleurs résultats de sondages avec le moins d'argent. Aux yeux de plus en plus de Républicains, il est le sauveur potentiel de la droite. Il est celui qui saura s'éloigner de George Bush tout en restaurant l'idéal Conservateur. Il serait donc capable d'être à la fois le "vrai conservateur" de cette primaire (prenant la place de Mitt Romney), et dans le même temps le "seul capable de vaincre Hillary Clinton"  (image qu'a longtemps conservé Rudy Giuliani).

Cependant, comme nous le faisions remarquer dans la Newsletter d'hier, rien n'est gagné. Sa remontée est rapide, tout comme l'ont été celles de Fred Thompson et de John McCain. Va t-il s'effondrer aussi vite qu'eux ? Son avantage est certain par rapport à leurs situations passées. Sa remontée se fait à peu de temps des primaires. De plus, il est le premier à monter tout en faisant descendre Rudy Giuliani. Depuis deux semaines, leurs évolutions sont inversées. Il gagne donc des électeurs qui pensaient de longue dat voter Rudy Giuliani. Ce point lui est très positif, car cela signifie qu'il est parvenu par son discours à convaincre réellement des électeurs engagés depuis longtemps.


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Mike Huckabee frontrunner ? Inimaginable il y a quelques mois. Désormais plus que probable.

Peut être n'aura t-il pas le temps de redescendre. Mais il a un point faible. Ses positions sur l'immigration sont en totale opposition avec celles des autres candidats. Il souhaite en effet mettre en place une éducation gratuite pour les enfants de sans papiers présents sur le territoire Américain, comme pour toute personne présente légalement. Il peut s'agir d'un pari. De telles promesses le mettront temporairement en difficulté dans les primaires, mais lui assureront le soutien de la population Hispanique, traditionellement conservatrice mais qui adapte la plupart du temps son vote en fonction des positions des candidats à propos de l'immigration.

Les premières réponses définitives à ces questions arrivent le 3 janvier 2008.

Pierre Toullec