20070818

Francis Evrard, 1984

Combien de temps ? Combien de temps aura t-il fallu ? Combien de victimes seront-elles nécessaires pour qu'en France on apprenne à protéger les victimes, et non les criminels ?

Cela semble pourtant simple quand on y pense... Deux simples mots. Il y a d'un côté les Victimes. De l'autre les Criminels...

Or il semble bien que dans notre pays, sanctionner les criminels ne soit pas encore à l'ordre du jour.

Comment est-il possible de voir des cas comme celui de Francis Evrard ? Libéré pour quoi ? Comment dites-vous ? Bonne conduite ? Et seulement quelques jours après cette libération pour bonne conduite, il se retrouve à violer un enfant... Est-ce cela de la bonne conduite ?

Comment était-il possible que ce même criminel puisse ainsi recevoir un traitement pour troubles de l'érection ? Un violeur est traité pour troubles de l'érection ! Et ce juste avant d'être libéré après quinze ans quand sa peine s'élevait à vingt-cinq !

Ne trouvez vous pas cela perturbant ?

L'affaire a donc été réglée. Le médecin s'est dénoncé, le Président est monté au créneau, et le pédophile libérable samedi dernier à Caen (Marcel B.) restera en cellule.

Maintenant, les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy sont-elles suffisantes ?

  • Les criminels qui ne donneront pas "toutes les garanties" seront mis dans un hôpital à leur sortie de prison.
  • De plus, aucun criminel ne pourra sortir avant la fin de sa peine.
  • Il sera aussi possible d'accompagner cette sortie par l'utilisation d'un bracelet électronique.
  • Enfin, la castration chimique sera autorisée.

Les problèmes sont nombreux dans ces "solutions". On sait qu'en France, aucun détenu ne va jusqu'à la fin de sa peine. Même pas les meurtriers. Pourquoi cela serait-il assuré pour les pédophiles ? De plus, qu'est-ce que les "garanties" demandées ? Quelles sont ces garanties ? L'assurance (la promesse ?) du criminel qu'il ne recommencera pas ?  Quand au bracelet électronique, cela sera t-il automatique ? Enfin, la castration chimique, sera t-elle réalisée sous surveillance policière, afin d'avoir l'assurance de la prise du CPA (Acétate de Cyprotérone, médicament permettant la castration chimique) ?

Et un autre détail, pourquoi ne mettre en place ces mesures que pour les multirécidivistes ? (Multi => plusieurs. Il ne s'agit donc pas des criminels qui ont recommencé une fois après avoir été déjà condamnés. Il s'agit de ceux qui ont déjà été condamnés plusieurs fois !)

En Floride a été passée en avril 2005 le Jessica's Lunsford Act. De quoi s'agit-il ? Jessica Lungford était une petite fille de neuf ans, violée et tuée par un pédophile en Floride en février 2005. Cet Etat a immédiatement réagit. Puis par la suite, plusieurs autres États ont récupéré une partie de cet Act.

lunsford

Jessica Lunsford

Le principe de cette loi, appelée nationalement Jessica's law, est aujourd'hui appliqué dans trente États différents. La partie la plus communément reprise concerne les pédophiles à la première faute. Les peines infligées sont désormais :

  • Une peine de prison minimale de 25 ans, qui peut être à vie.
  • Le port d'une bracelet électronique à vie

En Floride, si l'agression a été réalisée sur un enfant de moins de 12 ans, la peine de prison est automatiquement à vie. La peine de mort peut être envisagée.

Chaque État a ainsi ajouté ses particularités à la loi. Ainsi au Texas, la castration chimique contrôlée est obligatoire.

Bien sûr, tous les États n'ont pas ratifié la Jessica's law.


iMAP

États ayant ratifié la Jessica's law ou l'équivalent en violet

États ayant partiellement passé la Jessica's law ou l'équivalent en vert


États ayant passé une législation contraire à la Jessica's law en Jaune

États ayant passé partiellement la Jessica's law, et ayant passé des lois contraires à d'autres parties de la Jessica's law en gris

Mais de manière générale, après plus de deux ans de campagne de nombreux groupes de pressions, associations de parents et associations de victimes, la quasi-totalité des États l'ont désormais ratifiée. Seuls les plus liberals sont restés avec une législation très souple qui ne menace pas réellement les criminels (Vermont, Massachussetts, Illinois, New Jersey, Nouveau Mexique), et plus étonnamment, quelques États très conservateurs (Idaho, Wyoming et Colorado).

La loi originelle du Congrès de Floride était passée à 98% des voix.

Républicains et Démocrates ont été capables de travailler ensemble pour condamner les criminels.

 

Quelles différences concrètes avec les propositions de Sarkozy ?

On pourrait croire qu'en réalité ces mesures sont proches. Cependant, quelques détails changent complètement la nature des sanctions prises en France et aux USA.

  • Dans la Jessica's law, les sanctions exemplaires sont prises dès le premier crime
  • La peine est de 25 ans à la perpétuité
  • Le port du bracelet électronique est à vie
  • De nombreux Etats ont rajouté la castration chimique dès la première faute

Cela change tout ! La conception des sanctions assurées par cette loi fait n'est pas là pour punir un criminel après sa deuxième récidive ! Elles sont là pour protéger la société et les enfants. Elles sont là pour dire à tout criminel potentiel, si vous dérapez, il n'y aura pas de coup de semonce. Violer ou tuer un enfant est un crime. La pédophilie est un crime. Et en ce sens, tout criminel, pas des "prédateurs", les criminels (en puissance) sont avertis : osez attenter une fois à la vie d'un enfant, et nous détruirons la vôtre.

Lorsque vous regardez les mesures proposées par Sarkozy, on se demande encore, veut-il protéger nos enfants ? Ou, peut être, un jour punir des criminels, à la condition qu'ils aient été déjà condamnés deux fois avant de recommencer ?

Alors oui, il est bien qu'enfin, après un crime de plus, nos gouvernants commencent à bouger. Et encore, qu'une partie de la droite commence à bouger. La gauche, elle, part une fois de plus dans un délire anti-Sarkozy pour dénoncer la volonté de punir des criminels.

La question est simple. Veut-on protéger nos enfants ou les criminels ?

Il est temps de rompre avec le "modèle Français" là dessus aussi. La réthorique du "criminel victime" doit cesser. Lorsqu'il y a crime, la sanction doit tomber, immédiatement, sans coup de semonce. C'est la politique du "carreau cassé" de Rudy Giuliani. C'est ainsi qu'il a pu sécuriser l'une des villes les plus dangereuses des Etats Unis.

Il n'est plus temps de jouer avec la vie de nos enfants.

Prenez vos responsabilités, M. Sarkozy, et Messieurs les députés.

Il n'est plus temps de jouer avec la vie de nos enfants.

 

Pierre

Sources : The Florida Senate ; Le Parisien ; France Info ; Jessica Marie Lunsford Foundation ; National Federation of Republican Women ; Le nouvel obs ;